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Il se renouvelle tout en restant le même, en gardant toujours le même état d'esprit, la même philosophie. Merci à tous pour votre fidélité depuis toutes ces années. Nous gardons le blog en ligne avec un brin de nostalgie comme pour figer le temps, étant présents sur Blogger depuis l'année 2004.
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Galaxy Express 999 (銀河鉄道999)


Une locomotive fumante trace son sillon dans le ciel. Les wagons se succèdent. Les passagers du Galaxy Express touchent les étoiles, aériens, ils embarquent et se laissent portés. Tetsuro, lui, est retenu au sol, cloué à une réalité macabre : le meurtre de sa mère. Il assiste impuissant à sa mise à mort par un androïde et décide de laisser derrière lui son passé afin de découvrir la vérité sur ce crime. En partance pour la Constellation d'Andromède, une jeune femme, Maetel l'invite à bord. Enigmatique, féline, elle sera pour Tetsuro un abysse insondable et pourtant tellement fécond, l'accompagnant à chaque escale dans des univers étranges et déroutants. De planètes en planètes Leiji Matsumoto nous livre une oeuvre profonde, une oeuvre où il questionne le monde, les sentiments humains, la vie. Ses planches alternent des contrastes d'une rare intensité où les lignes élancées de Maetel se mêle au corps angoissé de Tetsuro.




Leiji Matsumoto, auteur prolifique d'Albator est l'un des invités de marque de la 40ème édition du Festival International de la Bande Dessinée qui se tient comme chaque hiver à Angoulême. Né le 25 janvier 1938 à Kurumé sur l'île de Kyûshu, il est l'un des trois maîtres de la bande dessinée japonaise. Marqué par le travail du Dieu du Manga, Osamu Tezuka, il fut surtout imprégné par la vocation de son père, officier dans l'armée de l'air impérial. Dès lors son oeuvre se joue de la gravité et l'auteur, qui dès son quinzaine anniversaire imagine le capitaine Harlock (Albator), s'intéressera au départ au Shojo (Manga destiné à un jeune public féminin), il offrira par la suite au monde entier une oeuvre atypique et universelle. Et, ce n'est pas un hasard si Blutch lui dédie une planche d'une rare poésie, douce et amer, ne quittant plus son poste de télévision devant l'intégrale d'Albator.


Les escales se succèdent, une myriade d'expériences pour Tetsuro, qui découvre au delà des mystères de l'univers les tréfonds de la nature humaine. Initiatique, l'oeuvre de Matsumoto l'est assurément, l'univers est vaste mais, déterminé, le héros se cherche, avance et persévère. Matsumoto a déclaré d'ailleurs lors de la rencontre internationale qui lui a été dédié que "Chacun suit sa voie. Le message que je veux envoyer, c'est essayer d'avancer avec détermination en croyant à son étoile. Avec le temps, votre rêve ne sera jamais trahi, il finira par se réaliser." répondant aux questions de Julien Bastide qui a très justement rappelé le passé douloureux de la guerre et son omniprésence dans l'oeuvre du Sensei. Une guerre qui n'épargne personne, le père de l'auteur en a été profondément marqué et ce n'est pas un hasard si l'oeuvre de Leiji Matsumoto offre une oeuvre profondément humaniste.




Alternant les contrastes, affirmant la complémentarité de ses personnages dans ce qui les différencie, Leiji Matsumoto est un peintre du silence: l'atmosphère de ses oeuvres, contemplative et hypnotique laisse l'esprit libéré, songeur, absorbé qu'il est par le talent de l'auteur. Et ce n'est pas un hasard si cette 40ème édition est placé sous le signe de l'auteur japonais, une édition qui une nouvelle fois confirme le talent du directeur artistique du Festival, Benoît Mouchart, qui par son regard avisé et sa justesse permet de découvrir et de redécouvrir la richesse et la grande diversité de la bande dessinée. Le public a d'ailleurs été profondément touché par Kim Dong-hwa, auteur coréen de Manhwa, du magnifique Histoire couleur terre, qui a rendu un vibrant hommage à Leiji Matsumoto lors de la cérémonie d'ouverture du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême. Un hommage émouvant, communicatif puisqu'il eut une résonance toute particulière, celle d'un lien universel, celui de la création qui transcende les frontières. Universel, le dessin permet cet échange, le 9ème Art au coeur du festival qui lui est consacré permet de le vivre. 

Canopée

Automne 2005 à Paris. Des livres, par centaines, des étagères entières de bande dessinées, de romans graphiques, de mangas. Perdue dans une librairie, une femme. Karine Bernadou. La rencontre a lieu, elle me parle, nous échangeons.  Elle n'a encore jamais été publiée. Tous deux ignorons qu'elle le sera très prochainement. Tous deux ignorons que je la reverrai lors de la cérémonie de clotûre de la 35ème édition du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême. Hiver 2006, assis dans le public, je regarde, j'assiste aux coulisses de la plus grande rencontre internationale du 9ème Art. Juste devant moi Gipi, un auteur que j'avais découvert dans le courrier international en feuilletant un article sur la Repubblica, s'endort contre l'épaule de sa compagne, à mes côtés, se présentent à moi Michel Parfenov et Thomas Gabison, Notes pour une histoire de Guerre est alors à juste titre le favori pour le Prix du meilleur album de l'année et Actes Sud entame dans l'univers du 9ème Art une aventure qui ne fera que confirmer le talent de ses éditeurs. Et c'est sur la scène du théâtre d'Angoulême que je retrouve Karine Bernadou, incroyable de spontanéité, elle est récompensée en ce mois de janvier 2006, elle est lauréate du Prix Jeunes Talents pour Gâchis, une histoire en trois planches d'une étrange créativité, d'une poésie presque malsaine mais tellement évocatrice, touchante. Elle me parle de projets futurs, elle est repérée par les Requins Marteaux de Franky Baloney et participe au Ferraille Illustré. Une auteur est née. Les lecteurs la retrouve alors sous différents supports, notamment dans Desseins, un webzine qu'elle créé conjointement avec Lucile Gomez.





Canopée est son dernier ouvrage, publié en 2011 par les éditions Atrabile. Poétique, il l'est assurément tout comme l'était La Femme toute nue, publié en 2007,  le rythme est en revanche plus soutenue, la continuité du récit correspond au parcours d'une jeune créature, Canopée , en proie à la vie et aux rencontres qui la jalonnent. Le discours est ici haletant. Karine Bernadou y dévoile un aspect sombre de son talent rappelant en partie le triptyque qui l'a révélé au public.  Le visage souriant mais impassible des parents porte une dualité étrange, celle d'une protection induite mais distante. Le lecteur est pris d'un malaise, il ignore s'il peut croire en un cocon. En un âge d'or celui de l'enfance. Une enfance qui apparait comme le point de départ d'une errance, en quête de soi au travers du regard des autres.



Comme tombée du nid, en suspens, notre créature dans sa nudité est exposée dans un état transitoire, découvrant une forêt, une sorte d'étage flottant au coeur d'une jungle de rencontres. Seule, elle découvre le monde. Fragile, inexpérimentée, sur la défensive. Et pourtant naïve, elle sera amené à survivre dans un milieu hostile. Le lecteur focalise son regard sur ce personnage, rouge, il est emporté par le trait rond de Karine Bernadou. A tire-d'aile, Canopée multiplie les surprises, les déceptions. Imprévisible l'histoire n'en devient que plus passionnante. Etrange.

De drôles d'oiseaux surgissent dans ce parcours,  révélant les tourments des personnages et les différents aspects de la masculinité. Alternant désir et crainte, Canopée est en perpétuel questionnement et se cherche. Pour Karine Bernadou il s'agit de questionner la destinée de son personnage, est-elle toute tracée ou est-il possible de s'en affranchir ? A moins qu'il ne s'agisse de la subir pour mieux s'en libérer. Ambivalent le récit révèle une dualité. Attirance et répulsion deviennent les maitres mots d'une aventure où chacun éveille les sens de l'autre. Cette dualité peut s'interpréter de plusieurs manières et le récit par la bichromie qui le caractérise révèle des paradoxes, des contradictions. Fécondes, parfois dérangeantes, elles confirment le talent d'une artiste nuancée mais entière et qui a le don de nous surprendre.



Bendik Kaltenborn vous veut du bien

Les libraires parisiens n'ont rien à envier à leurs homologues londoniens, new yorkais ou berlinois... bien au contraire. Qu'il s'agisse du Monte-en-l'air, d'Aaapoum Bapoum ou du Pied de biche, ces librairies étonnent par leur originalité, par l'humeur de leurs libraires tantôt assassine tantôt bienveillante mais toujours à la hauteur des attentes du lecteur. La soirée de lancement de Bendik Kaltenborn vous veut du bien  publié aux éditions Atrabile a eut lieu au Pied de Biche fin octobre 2012, mais l'oeuvre de l'artiste norvégien m'a été conseillé au Monte-en-l'air lors du lancement du licencieux I love Alice de Nine Antico publié aux Requins Marteaux dans la collection au nom explicite BD Cul (Une collection des requins marteaux qui regroupe le sublime et explicitement poétique Comtesse d'Aude Picault, la satire sociale aux formes généreuses Les melons de la colère de Bastien Vivès mais aussi le très remarqué Teddy Beat de Morgan Navarro primé lors de la 39ème édition du Festival International de la Bande Dessinée).

L'année est ponctuée de différents évènements liés à l'univers de la bande dessinée, les expositions et les festivals fusent mais la production du marché reste abusivement dense et même si, pour l'amateur éclairé il n'est pas difficile de se frayer un chemin, il n'en demeure pas moins que les conseils des libraires sont toujours à privilégier, confirmant les préférences ou les élargissant à de nouveaux auteurs et à de nouvelles sensibilités. Ainsi et dans l'attente de la sélection officielle de la 40ème édition du Festival International de la Bande Dessinée ces orientations restent essentielles afin de renouveler ses lectures et de se décrasser les yeux. L'actualité le prouve avec Bendik Kaltenborn qui frappe par son aptitude à renouveler notre regard sur le 9ème Art, constatant une nouvelle fois, ahuris, combien ce média est riche de possibilités.







Les dessins aux couleurs contrastées et aguicheuses de l'auteur norvégien contrastent avec son regard reptilien, véritable révolver pointé dans le dos du lecteur. Surprenant, ludique, il exprime dans une série chaotique d'histoires courtes les angoisses et l'absurdité de son univers, de notre monde. S'acharnant sur des personnages crispés, perturbés comme s'ils avaient en permanence une épée de damoclès au dessus du crâne. La belle bibliothèque de Bendik devient ainsi un exutoire paradoxal, en ce sens où l'auteur semble en dessinant débarrasser son esprit de personnages envahissants et angoissés, l'inconvénient appréciable est que ces personnages aux histoires inachevées viennent désormais encombrer l'esprit du lecteur. Offerts à son imagination, ils transmettent un sentiment d'inachevé induit par l'attente permanente que suggère leur angoisse. 





La couverture d'ailleurs laisse présager de ce sentiment de "fin ininterrompue". Bendik Kaltenborn serier som vil deg vel est ainsi un ouvrage saisissant par sa qualité et dont le concept, s'il y en a un, consiste en la mise en place d'une césure volontaire. Un moyen machiavélique de poursuivre le récit dans les méandres de l'esprit du lecteur. Avant même de feuilleter le livre, cette césure pousse le lecteur à examiner la couverture, à faire le tour de l'ouvrage, un puit sans fond qui se lit patiemment et dans le désordre et dont l'unique continuité réside dans la force évocatrice de l'auteur et de son bestiaire attachant et phobique mêlant loups, serpents et autres entités fantomatiques.  Le catalogue des éditions Atrabile s'enrichi ainsi d'un nouvel auteur qui s'ajoute à une liste impressionnante,  (Manuele Fior, Frederik Peeters, Aurélie William Levaux mais aussi Karine Bernadou¹) une liste longue et dont les ouvrages sont déjà de véritables références. 










¹Littérature Graphique prépare un article sur son étrange Canopée.


Le Dramaturge


L'automne est propice aux rencontres, Littérature Graphique retrouve avec une certaine euphorie la bande dessinée indépendante américaine. Et se penche sur The Playwright. Le Dramaturge, une histoire... l'histoire d'un dramaturge, de ses pérégrinations.



Linéaire, format italien oblige, l'histoire n'en demeure pas moins saccadée, rythmée par les errances d'un personnage a priori antipathique, mais dont les pensées; fantasmes et autres morceaux d'imaginaire placent le lecteur dans une posture de confident, une sensation accentuée par le rapprochement opéré dans les séquences. Des pensées qui se mêlent à la réalité et qui n'en deviennent que plus vivantes, elles intéragissent avec le réel et permettent de comprendre en partie en quoi ce personnage transforme les êtres qui l'entourent en d'autres personnages.


L'écriture de Daren White est fluide et permet à Eddie Campbell de donner vie à cet écrivain dont l'existence se résume à observer celles des autres. Les tourments et les obsessions du dramaturge deviennent alors autant de raisons de tourner une à une les pages de ce bel ouvrage édité par les éditions ça et là, avec à la traduction Jean-Paul Jennequin et au lettrage Hélène Duhamel. 






23 Prostituées




23 Prostituées. Un titre évocateur. Un titre qui suscite la curiosité, qui interroge. Une addition de corps, de personnes, de femmes, formant un ensemble, une somme de chair et de sang. Reflet d'une pratique que certains qualifient de métier que d'autres répriment mais qui en tout état de cause place l'individu et la sexualité dans un rapport marchand. Le titre en anglais est plus direct et s'attarde sur le rapport et non sur celles qui le pratiquent, "Paying For It" dès lors oriente la question sur la sexualité et la satisfaction d'un plaisir sous forme d'un contrat, d'un accord. La couverture montre Chester Brown de dos sur le départ, quittant une chambre. Anonyme, une jeune femme semble l'accompagner sur le pas de porte... simple formalité. Une scène tirée de son quotidien entre 1999 et 2010. Le tout forme une sorte de trou de serrure  par lequel le lecteur est invité à glisser le regard.








Dans ses précédents ouvrages l'auteur a su habituer le lecteur au récit autobiographique et cette mise à nu, si elle peut paraître impudique, revêt par son dessin simple et net, une forme de distance appréciable. Ainsi Chester Brown se raconte et semble avoir méthodiquement préparé son histoire. Une histoire qui, loin d'être fictionnelle, porte en elle toutes les caractéristiques du format documentaire : après trois années d'abstinence et la fin de sa relation avec son ex, l'auteur décide enfin de recourir à la prostitution pour satisfaire ses besoins sexuels. L'aspect voyeuriste cède vite le pas à l'aspect pédagogique, et Chester Brown réussit dans ce récit à mêler subjectivité et objectivité. Reptilien, tant dans son dessin que dans son propos, l'auteur n'est néanmoins pas dénué d'émotions. Ses personnages, attachants, fragiles, toujours différents forment une hétérogénéité de situations complexes qu'il est intéressant de découvrir. L'analyse de Brown sur la prostitution n'en est que plus pertinente et invite le lecteur à se faire sa propre opinion. Sans jugements ni fioritures.






Les éditions Cornélius par leur choix éditorial démontrent une nouvelle fois la richesse de leur catalogue et la sortie du dernier Burns "La Ruche" ("The Hive") qui vient compléter "Toxic" premier opus d'un triptique magistral confirme la tendance. Une tendance qui se précise avec le dernier Chris Ware, "Building Stories", épique, une architecture en apothéose, que les impatients pourront dévorer dans sa version originale et dans l'ordre qu'ils le souhaitent aux éditions Pantheon Books. (disponible à la librairie Aaapoum Bapoum, 14 rue Serpente, Paris 6è.)



en Silence


"Tu as vu ce soleil de feu ?" Une question qui annonce un récit graphique d'une intensité étrange, une lumière qui aveugle, qui fait parfois disparaître les personnages mais jamais leur mouvement. Un mouvement qui se prolonge et s'accélère dans les méandres aquatiques d'un récit dense et envoûtant.

Audrey Spiry dans ce premier ouvrage réussi à saisir le regard d'une chaleur froide, glaciale. Paru aux éditions Casterman, en Silence est un récit où se mêlent dans cette journée d'été apaisements et interrogations. Une ambiguité versatile parfois angoissante. Dans le torrent de pensées, induit par les regards, terriblement vivants des personnages : les planches silencieuses, rythmées annoncent une initiation, un baptême permanent. Elles cachent en elle un personnage à part entière : l'eau. Une seconde peau qui enveloppe dans une bulle le lecteur, emporté par l'auteur dans une saccade qui isole et structure le récit, qui isole et structure les corps. Emportés, les personnages sont confrontés à un espace hostile. En leur offrant cet espace, Audrey Spiry leur peint une bulle, celle de leurs luttes intérieures, une prolongation d'eux mêmes, leurs corps se tordent, se prolongent, s'étirent, ils sont la proie d'une eau omnisciente qui comme les pensées qui nous habitent ne semble plus vouloir nous quitter.

La lumière, elle, dessine les sentiments et les tensions, elle fait apparaître et disparaitre les personnages. Elle permet d'évoquer en Silence des instants de vie, de faire parler l'image. Cette lumière qui inonde les premières planches deviendra plus sombre, plus aquatique.
L'auteur nous plonge dans une intrigue saisissante, simple, et le lecteur est emporté sans efforts dans un torrent graphique original et dense.

D'une case à l'autre, les personnages sont pris dans un élan qu'ils ne contrôlent pas et l'auteur semble jouer avec le regard du lecteur. La chute dans la planche suivante est ainsi accentuée, elle devient presque perpétuelle dans les quatre premières cases qui perturbent avec simplicité le sens de lecture, une séquence dense qui permet de ressentir le poids de l'eau et l'emprise dans laquelle se trouve les personnages. 
Une emprise qui se relâche et qui se libère dans les deux dernières cases de cette planche où la sensation de lourde apesanteur semble s'atténuer. Le lecteur est poussé à tourner les pages de ce livre, à suivre le rythme, à respirer, à atteindre la surface.


Et pourtant, pourtant, l'eau demeure, elle enveloppe, en Silence. en Silence. 














Audrey Spiry, en Silence, Juin 2012 © éditions Casterman 




MAUS, A Survivor's Tale

Publié dans la revue RAW de 1981 à 1991, MAUS, A Survivor's Tale est le témoignage douloureux que fait un père à son fils, le témoignage de Vladek Spiegelman à Art Spiegelman, le témoignage d'un homme qui vécu les années sombres qui précédèrent la fin de la seconde guerre mondiale. Une guerre qui en Pologne déversa ses horreurs bien avant son commencement en 1939, qui révéla l'obscurité de la nature humaine et surtout la folie meurtrière du nazisme. Pourtant si MAUS est un ouvrage de référence, s'il a obtenu le prix Pulitzer en 1992 c'est surtout parce qu'il réussit à transmettre la mémoire de la Shoah en décrivant le quotidien douloureux d'un homme face à l'histoire. MAUS est un ouvrage où étrangement l'on constate la terrible "banalité du mal" comme le décrira Hannah Arendt dans ses écrits, coupables les bourreaux le seront toujours mais là où l'horreur réside c'est que ces personnes étaient hélas bel et bien humaine. L'engrenage est réel, le récit d'une survie constante, des guettos aux camps d'Auschwitz, n'épargne personne pas même les lecteurs. L'auteur lui même témoigne de sa propre souffrance, de ses propres interrogations face à la réalisation d'un tel ouvrage. 

Ce témoignage débute avec pudeur mais se déroule sans compromis ni complaisance, Art Spiegelman débute son récit très personnel par d'incessants allers retours, partagés entre ses entretiens à Rego Park aux côtés de son père et le récit de ce dernier qui prend forme tout en se mêlant à l'Histoire. 



Très vite Art Spiegelman n'est plus l'enfant d'un père, il devient un passeur, à la fois étranger aux douleurs de son père à la fois lié de manière perpétuelle, de manière universelle à cet homme, comme tout être humain, comme les lecteurs que nous sommes. Il transmet un récit qui aurait pu, comme les carnets de sa mère Anja, disparaître. 



Lors de la conférence de presse du Festival International de la Bande Dessinée, dans un entretien avec Jean-Luc Hees en décembre 2011 au Centre Pompidou à Paris, Art Spiegelman disait qu'il avait été étonné de voir son oeuvre qualifiée de fiction dans les lignes d'un quotidien américain de renom, et cela du fait de la représentation anthropomorphique de MAUS. Une représentation qui n'enleve rien à la véracité de son propos. Les souris, les chats, les porcs représentent autant d'identités, de "nationalités" qui marquent de leur empreinte le récit mais qui au détour d'une planche se confondront les unes, les autres, face à leur bourreaux. Qui dans la froideur des camps deviendront, rejoindront les centaines de milliers de juifs dont ils s'empressaient de se distinguer. 



Art Spiegelman par son trait, par son texte, tous deux très denses, très contrastés, démontre combien l'image est vivante,  combien à elle seule elle retranscrit les sentiments humains. Le 9ème Art, un art séquentiel par excellence n'hésite pas à se figer dans le mouvement permanent qu'il suppose. Ainsi une image seule se suffit parfois à elle-même et le talent de Art Spiegelman consiste à ne pas faire un usage excessif de ses dessins. Il a lui-même exprimé cette nécessité de rassembler dans une seule case des éléments utiles à la compréhension du récit tout en donnant au lecteur un éventail énorme d'informations. En deux planches, il réussit à exprimer la peur omniprésente d'un déporté, un jeune homme que Vladek tente de calmer, un jeune homme dont le cri fera écho dans les planches suivantes... Un cri d'angoisse qui sera alors celui de Vladek, lorsque dans ses nuits tourmentées, bien après la guerre, bien après les camps, il empêchera son fils de dormir.


Président du jury de la 39ème édition du Festival International de la Bande Dessinée qui se tiendra à Angoulême du 26 au 29 janvier 2012, Art Spiegelman verra son travail exposé dans une rétrospective qui s'annonce magistrale. La sélection officielle de cette 39ème édition comprend un éventail des récits les plus remarquables de l'année et notamment des ouvrages qui témoignent de l'Histoire récente où plus ancienne, de Reportages de Joe Sacco à l'Art de Voler de Kim et Altariba...  L'Histoire... L'Histoire qui comprend autant d'histoires, des histoires personnelles, des vies bouleversées, le dessin permettant à ces spectres de vivre à nouveau et par l'universalité du trait d'être lues par tous, indifféremment de nos origines, de notre bord politique... Des histoires que le 9ème Art a choisi de raconter et qui sur le papier ont décidé de ne jamais disparaître, de rester et de témoigner pour que cette Histoire, elle, ne soit pas niée, qu'elle ne se répète pas, ne se répète plus.



Et pour qu'au delà de toutes les souffrances, qu'au delà de la haine, il puisse exister une transmission, la transmission d'une noblesse d'âme, celle du souvenir, de la mémoire. Nier cette mémoire, l'oublier ne serait-ce qu'un instant est criminel. Et la liberté, la vie, elle, ne demande qu'à habiter notre âme, qu'à la chérir... qu'à briser les barreaux de l'oubli.





Sous ta barbe mon âme est morte

Publié par United Dead Artists, achevé en septembre 2011, l'ouvrage retranscrit parfaitement l'audace de son auteur, Aurélie William-Levaux et évoque en dessins le désir de l'éditeur, qui "au delà des mots, croit à la puissance émotionnelle des images." Cette puissance émotionnelle des images creuse son sillon jusqu'à celui qui aventure son regard sur le dessin d'Aurélie William-Levaux. L'auteur brode ses traits comme autant de cicatrices sur une peau, sur une âme... une âme qui, en l'espace d'un instant, a cru en sa propre perdition. Douloureuse, l'expérience l'est assurément, elle exhume les souvenirs comme pour mieux les assimiler. Ils deviennent alors des séquences, des brides de couleurs sur papier qui se juxtaposent dans notre esprit. Là les mots se mêlent aux traits, et, sans s'en rendre compte, nous nous laissons happer par l'auteur dans les méandres de sa chute. Celle où tête la première elle se condamne et se mutile, engouffrée qu'elle est dans le néant d'une étrange rencontre. 




Mais cette rencontre dans ce qu'elle offre de déchirures et de peines ne devient salvatrice que lorsque l'auteur l'effectue avec elle-même. Elle devient spectatrice de sa propre déchéance comme pour mieux contempler une ascension nouvelle, celle de l'instant d'après. 





De l'instant où l'autre, où cet autre ne peut plus l'atteindre. Sous ta barbe mon âme est morte est un titre évocateur, car étrangement, des dévoreurs d'âmes il en existe et leur passage dans une vie ne reflète que le néant qui habite leur être, leur âme à eux est absente, c'est pourquoi ils s'obstinent à vouloir posséder la notre.  Ces souvenirs deviennent des exutoires, des remèdes douloureux et amers qu'il faut une dernière fois avaler avant de se relever. De victime, l'auteur réussit à devenir autre chose, à devenir une nouvelle personne, c'est à dire elle-même et cela sans porter la barbe du bourreau. Il ne s'agit plus de se laisser vivre, voire de survivre à l'autre mais simplement d'exister. D'exister. D'exister.



Black Hole

Black Hole, un ensemble de douze volumes réalisés par Charles Burns entre 1995 et 2005, édité en un seul ouvrage par les éditions Delcourt, un récit hypnotique et angoissant au coeur de l'adolescence américaine des années 70, une histoire de rencontres et de peurs mutuelles. Peurs du corps, des métamorphoses qu'il connaît mais surtout peurs des sentiments et de leur paradoxe. Le désir avec les doutes et les excès qui l'accompagnent. L'histoire est d'une beauté paradoxale, déroutante. Le synopsis est d'une violence et d'une horreur omniprésente, et s'il rappelle celui de certains films nauséeux, l'expérience de lecture est ici unique et vient révéler une richesse insoupçonnée. Le lecteur est ainsi confronté au silence évocateur du dessin, seul, il fait face aux planches obscures de Burns. Le trou noir est béant, son abysse n'a pas de fin. Des adolescents sont victimes d'une étrange épidémie qui transforme leur corps. Qui culpabilise leur sexualité. Les mutations engendrés les isolent, se greffent à leur peau toutes sortes d'anomalies. Ce synopsis de départ, anxiogène, permet à l'auteur de développer les sentiments de ses personnages, leur sexualité, entre désir et interdit,   il permet de s'intéresser au passage à l'âge adulte et étrangement malgré ces monstruosités, à l'amour entre deux êtres. 


Charles Burns dessine à l'encre noire, la noirceur du dessin laisse parfois entrevoir la clarté du corps, le blanc de la peau. Ce contraste permanent dans le graphisme de l'auteur est révélateur d'une histoire à double tranchant. Angoissante, elle s'avère être au fil des pages émouvante, touchante. Les regards lézardent au travers des cases, ils s'expriment au travers des mots. Sombre, cette histoire ne l'est que pour exprimer les pulsions de vie des personnages, qui enfermés dans leurs doutes, ne tendent qu'à l'osmose, qu'à l'union. 

Le mal qui ronge les personnages, leur culpabilité rappellent le péché originel. L'isolement qu'ils subissent, l'omniprésence des bois, de la forêt où l'on retrouve sur les branches des peaux de femmes muées, tout cela rappelle un Eden déserté et tranchant. Adam et Eve fragiles, proches des représentations de Van Eyck, les personnages de l'oeuvre de Charles Burns s'immiscent dans notre inconscient et suggère un imaginaire biblique universel, propre à chacun.


La peau, les sens deviennent des traits. Des tâches précises d'encre sur le papier. Les traits s'écartent, laissent deviner au coeur même du corps d'autres béances, celles de la chair, du sexe, des cicatrices ouvertes que l'on découvre. Cette chair, blessée, ouverte est un prétexte, elle permet de découvrir Chris, cette reine qui mue, cet étrange serpent qu'elle semble être. Blessée, elle laisse faire, elle lui fait confiance. 

"I was touching her and she didn't seem to mind."

"I had to show Chris I could take care of her... 
that I'd be there for her."

Peut être est-ce cela aimer... Peut être est-ce cela de croire en l'autre... lui offrir nos plaies béantes comme autant de portes pour qu'il entre dans notre corps et découvre notre âme. Peut être est-ce simplement partager nos désirs et nos souffrances sans jamais cesser de croire en l'autre, en sa capacité unique qu'il a d'aimer. 



La Naissance de Naruto

Dimanche soir, en quittant la montagne Sainte Geneviève à Paris, en tournant le dos au Panthéon, je me laisse maladroitement pousser par le vent vers cette pente, ce léger dénivelé qui me mène au boulevard Saint Germain et qui me fait découvrir en chemin une église, l'église Saint Ephrem mais aussi des ruelles qui mènent à l'école Polytechnique... Avant de retrouver la rue des écoles, je redécouvre comme je l'avais quitté au premier jour le Manga Café.  Là, un couple de jeunes adultes est absorbé dans la lecture de la Plaine du Kantô de Kazuo Kamimura, l'un contre l'autre dans leur canapé, de dehors je peux les voir... assise un peu plus loin une femme, d'une cinquantaine d'année lit le Journal de mon père de Jirô Taniguchi et dans ce silence, cette chaleur, d'autres plus jeunes terminent de lire le dernier tome de One Piece.  Le manga conquiert nos étagères, il s'affirme sous tous ces aspects, dans tous ces genres, de l'oeuvre de Ai Aizawa et son célèbre Nana, à celle de Naoki Urasawa et son magistral Pluto qui après le succès de 20th century boys rend hommage à l'oeuvre d'Osamu Tezuka . Un manga retient mon attention, il n'a besoin d'aucune publicité, ce manga n'est autre que Naruto de Masashi Kishimoto. La couverture m'intrigue, elle dégage une étrange sérénité , teintée d'une douce et amère mélancolie. Mais pourquoi, pourquoi cette couverture m'attire ? 



L'équipe de Littérature Graphique a été touché par ce nouvel opus. Touchée car c'est avec tendresse et avec pudeur qu'il raconte la naissance du jeune Naruto, ce shinobi qui porte, scellé en lui, le démon renard à neuf queues Kyubi. L'on dénigre souvent ces succès commerciaux, on leur préfère des oeuvres plus intimes, plus alternatives, dites d'auteurs. Or ces succès, ces oeuvres s'affirment désormais comme des classiques atemporels qui construisent en partie l'arrière plan culturel de nos sociétés. Comme ce fut le cas pour les romans feuilletons des gazettes du XIXème siècle dans lesquelles on publiait Alexandre Dumas. Il n'est pas rare que le manga abuse d'une trame scénaristique similaire, une trame qui consiste en l'art et la manière de prolonger un récit pour le plus grand plaisir du lecteur, mais qui surtout prolonge le succès d'une série au profit de son éditeur. En ce sens le manga peut sembler redondant et il n'est pas rare d'être frustré à la lecture de plusieurs volumes dits de "transition". 

Ce n'est pas le cas pour "La Naissance de Naruto" et pour l'oeuvre de Masashi Kishimoto en général dont la trame est extrêmement bien travaillée et dont le seul but est de révéler au lecteur des zones d'ombres qui planaient sur l'histoire depuis le premier opus. Le génie de l'auteur réside dans son aptitude à révéler les facettes d'un personnage que l'on pense connaître mais qui garde en lui une infinité d'états d'âmes et de secrets. Naruto Uzumaki a révélé tout le long de ce récit son caractère, son implacable solitude, son désir d'aimer et d'être aimé. Depuis le premier chapitre, Masashi Kishimito a réussi à nous transmettre les tourments et les désirs de ce jeune garçon qui malgré les obstacles n'abandonne pas son rêve. Mais alors pourquoi cette couverture semble si mystérieuse, pourquoi après tant d'années réussit-elle encore à nous convaincre, à nous donner l'envie de tourner les pages de ce recueil de dessins dérisoires ? 

Naruto est confronté à sa haine, à son démon intérieur Kyubi. A cette créature qui l'a privé du monde extérieur, qui l'a sans cesse réduit au rang de réceptacle. A cette créature qui a fait de lui un orphelin.


Naruto a su vivre avec, il a su aimer, s'entourer. Néanmoins, une inconnue demeure, oui, une inconnue demeure, que sait-il de ses parents ? D'eux il ne lui reste aucun souvenir. Masashi Kishimoto vient enfin révéler un secret qu'il a soigneusement gardé depuis tant d'années et, de la complexité d'une intrigue envoutante, il offre au lecteur un retour en arrière magistral, il offre au lecteur le récit d'une vie. 

Perdu dans ses pensées... que sait il de l'amour d'une mère pour son enfant ? Que sait il de tous les sacrifices qu'elle a enduré ? Que sait il de ses derniers regrets ? 

"Naruto, tu passeras par bien des épreuves... Mais n'oublie pas qui tu es ! Et poursuis tes rêves, réalise les, crois en toi ! ... Il y a tant de choses... tant de choses que j'aurais voulu t'enseigner. J'aurais voulu passer plus de temps avec toi... "



"...et t'aimer."

Ma vie mal dessinée

Gian Alfonso Pacinotti, que les lecteurs connaissent sous le nom de Gipi est un auteur dont le trait annonce le mouvement et l'intransigeance. La fluidité de son trait et l'authenticité de ses propos expliquent en partie son succès et son rôle au sein du quotidien italien La Republicca. Révélé par son premier recueil de courtes histoires Esterno Notte, ce sont ces Notes pour une histoire de guerre publiés en France par les éditions Actes Sud qui viendront confirmer la puissance de ses récits et sa contribution à une nouvelle manière d'aborder les "fumetti", ces petites fumées qui définissent le 9ème Art en Italie et qui étrangement naissent dans les bouches acérées des personnages de cet auteur. S'attaquer à l'oeuvre de Gipi c'est sans complaisance s'ancrer dans une trame où les rapports entre les personnages sont intenses, alternativement tendus ou libérés de tous carcans, c'est surtout s'attaquer pour Ma vie mal dessinée à une autobiographie surprenante et satirique. Qui par l'introspection qu'elle suggère apporte aux rapports entre les personnages une nouvelle profondeur... un moyen concret de voir, de constater le chemin parcouru. 



Les souvenirs d'enfance viennent se mêler aux déboires de l'auteur à l'âge adulte, à ses difficultés de vivre, de comprendre, ses souvenirs d'adolescence, sa révolte, ses disparitions où il s'ignore lui même... Tout cela prend un sens avec la sensation que la vie est un labyrinthe de chemins qui parfois ne se laissent pas choisir. Et ils conduisent étrangement, lorsque l'on apprend à se laisser emporter par eux, à cet instant qu'est le présent. La manière très directe de s'exprimer, de nous jeter dans les bras ses dessins et ses sensations font de Gipi un auteur qui ne tente pas de plaire au lecteur... et cette posture, où il est fidèle à ce qu'il est, rassure, elle permet de découvrir un récit où fermer les yeux pour échapper à certains points sombres de son histoire n'est pas de mise. 



Le fil d’Ariane de ce type de récit est invisible tout le long de notre existence, l'autobiographie permet lorsque l'on met des mots entre nos souvenirs et le papier de constater combien cette vie est un récit, une histoire dont la principale difficulté est de retranscrire. Retranscrire sans sombrer dans le pathos nombriliste d'une intimité qui a priori n'intéresse personne. Le fil d'Ariane de notre existence est invisible, il ne prend forme que lorsque que l'on s'est délibérément perdu dans ce labyrinthe. Souvent ce qui nous construit c'est ce que l'on se cache à soi même, la vie est ainsi cette quête où finalement Thésée et le Minotaure ne sont qu'une seule et même personne. En ce sens Gipi en étant le plus direct possible, le plus cru possible offre au lecteur l'occasion de se pencher sur sa propre histoire sans calques, sans décors préalables. Littérature Graphique se propose de partager les lectures marquantes du 9ème Art, en ce sens Notes pour une histoire de guerre avait sa place parmi les différents articles du site, prix du meilleur album lors du Festival International de la Bande Dessinée en 2006, cette nouvelle consécration de l'oeuvre de Gipi présageait déjà le regard passionné de Michel Parfenov et de Thomas Gabison qui permettent notamment à des auteurs comme Brecht Evens de révéler leur intransigeance, leur audace et la sincérité de leurs propos. L'intérêt grandissant des éditeurs que sont Gallimard  (en ce qui concerne l'oeuvre de Gipi pour Le Local) et Actes Sud (pour Notes pour une histoire de guerre) vient confirmer le positionnement du 9ème Art qui plus que jamais se défini comme cette Littérature Graphique. 


- Tu la vois la statue de Garibaldi ?
- ... (Je la vois. Je la vois mal, comme tout le reste, mais je la vois. Je la regarde. Je ne comprends pas pourquoi il me demande ça, mais je la vois.)
- Souviens-toi que tu peux la peindre en bleu quand bon te semble.
- Qu'est ce que ça veut dire ? ... Stefano ?

Il n'y a pas de carcans, il n'y a pas de limite à la pensée et au regard. De tout ce qui nous entoure rien n'est sacré sinon la posture critique, une posture libre où il ne s'agit ni de se complaire ni de se plaindre simplement d'être fidèle à ce que l'on est. Cette statue de Garibaldi n'est pas figée et n'a pas à se figer pour le regard. Ma vie mal dessinée publié par les éditions Futoropolis est un bel ouvrage où s'alternent les dessins à la fois nerveux et légers de Gipi, les dessins d'un quotidien décrypté sous un flot d'impressions pertinentes teintées d'humour et des planches colorées à l'aquarelle où dans un délire anachronique l'auteur se retrouve emporté dans un chemin inclassable, prisonnier, il rencontre avec poésie une raison parmi tant d'autres, une raison suffisante de vivre... 


L'auteur fait souvent allusion à cette puissance que cache ce "langage honnête". Il ne s'agit ni de Vérité ni de confessions, il s'agit pour l'auteur simplement par son dessin d'exprimer au lecteur les sentiments qui lui traversent le corps et qui s'étalent de son esprit vers le papier. Un peu comme ces silences entre deux personnes, elles se cherchent et ne se disent rien. Parfois ce silence est plus expressif que tous les mots réunis et le langage devient alors celui de la présence.


Alors oui peut être, peut être qu'un jour ce mot, ce mot universel qui exprime tout notre être sera adressé sans complaisance ni détour à l'être aimé. Se raconter soi, c'est surtout raconter ses rencontres, elles seules nous définissent, elles seules nous poussent à dire "je", à croire en "tu".